Les Acta Santorum et leurs archives inscrits à l’UNESCO 

Publié le 23/01/2026

La reconnaissance d’une œuvre et d’une méthode historiques

Fondée par Jean Bolland à Anvers dans la première moitié du XVIIe siècle au sein de la Compagnie de Jésus (Jésuites), et toujours active aujourd’hui à Bruxelles, la Société des Bollandistes est à l’origine de la publication des Acta Sanctorum, une des plus grandes entreprises scientifiques et éditoriales menées en Europe avant la Révolution française (67 volumes in-folio publiés de 1643 à 1794, puis de 1845 à 1940). Structurée de façon très méthodique, cette gigantesque encyclopédie sur les saints et les saintes du monde entier, offre à la fois une étude historique rigoureuse de la vie et du culte de chaque saint(e) et l’édition critique, dans leur langue originale, des sources qui les concernent, soit des milliers de textes hagiographiques composés entre le IIe et le XVIIe siècle.

Pour réaliser ce projet, les Bollandistes ont récolté une documentation considérable, grâce à la collaboration d’un vaste réseau d’érudits issus de différents pays européens. Celle-ci se compose de près de 300 recueils d’archives, de manuscrits anciens, mais aussi de dessins et plans illustrant des monuments et objets dont plusieurs ont disparu aujourd’hui, et de centaines de plaques de cuivre ayant servi à leur impression. 

Le 17 avril 2025, l’UNESCO a inscrit au registre international «Mémoire du Monde» les Acta Sanctorum (60 490 pages numérotées, distribuées dans 67 volumes) et leurs archives.  Ces « archives, gravures et manuscrits exploités par les Bollandistes (XVIIe-XVIIIe siècles) » incluent 294 volumes de Collectanea Bollandiana, conservés à la bibliothèque des Bollandistes (160) et à la Bibliothèque royale de Belgique(KBR) (134), recueils composésprincipalement de lettres adressées aux Bollandistes par de nombreux érudits européens et de copies de textes hagiographiques issus de manuscrits médiévaux dont certains ont aujourd’hui disparu ; plus de 700 plaques de cuivre ayant servi à l’impression des gravures insérées dans les Acta Sanctorum ;et divers manuscrits et imprimés ayant un lien direct avec la collection (par ex. l’opuscule Fasti Sanctorum publié par Héribert Rosweyde en 1607, qui est à l’origine de toute l’entreprise ; le diaire de l’expédition scientifique à travers l’Europe jusqu’à Rome de 1660-1662 ; ou encore l’édit de condamnation promulgué en 1695 par l’Inquisition…).   

Outre la multitude d’informations livrées par les Acta Sanctorum sur l’histoire des saints, du IIe au XVIIe siècle, et le patrimoine littéraire et culturel de premier ordre que ceux-ci constituent, l’UNESCO a souhaité saluer la collecte de documents, inlassable et systématique, réalisée par plusieurs générations de bollandistes – impliquant un réseau européen de correspondants et des expéditions scientifiques –, ainsi que la mise en œuvre d’une critique historique novatrice, pour la première fois appliquée à un champ religieux.  En fait, c’est véritablement une nouvelle discipline des sciences historiques et philologiques dont les Bollandistes ont élaboré la méthode et les règles : l’hagiographie critique.

Cette inscription, soutenue par le Comité belge francophone et germanophone du Programme « Mémoire du Monde » à l’UNESCO souligne – si besoin était – l’importance exceptionnelle de nos collections.  C’est en effet seulement le cinquième fonds conservé exclusivement en Belgique à bénéficier d’une telle reconnaissance.  Fière de cet honneur, la Société des Bollandistes s’engage à intensifier ses efforts – avec l’aide, plus que jamais nécessaire, d’amis et de bienfaiteurs – pour valoriser ces trésors documentaires. 

La remise officielle du certificat de l’UNESCO par les autorités compétentes se déroulera lors d’une séance académique organisée à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) le jeudi 29 janvier à 17h30.

Crédit photo: Collection des Acta Sanctorum à la bibliothèque HAAB, de Weimar | Concord (CC-BY-SA-3.0)